vendredi 22 mars 2013

Une petite ballade de 4.400 kms....environ


Nous sommes au mois d'octobre 1949. Raymond, Adrienne et Martine (6 mois) sont réunis sur la terrasse de la maison de Talence, qui appartenait à la famille Ibos. 

Que se passe-t-il alors ? La seule certitude est que, 12 jours plus tard, Adrienne entre au Maroc, par la gare d'Oujda.

Page 7 du passeport d'Adrienne avec le visa d'Oujda-Gare
et la mention "ne peut occuper au Maroc un emploi salarié"

Page 8 - Sortie d'Oujda le 10 novembre 1949, en route vers Colomb-Béchar
par la ligne ferroviaire "Méditerranée-Niger"


Est-elle à nouveau à la poursuite d'un Raymond qui aurait, une fois de plus, rejoint son épouse ? Ou bien les nouveaux parents ont-ils décidé de "fuir" ensemble, pour une lointaine destination. Partent-ils ensemble ou bien est-ce Adrienne qui retrouve Raymond et Marie Louise en Afrique du Nord pour une nouvelle explication orageuse à trois ? 
Serait-ce à Oujda, où l'on voit qu'Adrienne est restée 3 semaines ? Or, si  les liaisons ferroviaires d'Oujda à Béchar n'étaient pas quotidiennes, elles n'étaient quand même pas si rares. Est-ce le temps qu'il lui a fallu pour persuader Raymond de partir avec elle ?

En tout cas, quelque part avant la traversée du désert, ils sont réunis : les photos le prouvent.

Adrienne à Kerzaz le 8/12

Raymond, plus au sud, le 9/12


Réunis....Adrienne et Raymond, oui....mais sans Martine, laissée à Talence à la garde de sa grand-mère maternelle. 

Martine -  juillet 1950


Commence un long périple nord-sud à travers l'Afrique avec, notamment, entre Reggane et le "Soudan français" (le futur Mali), la traversée du terrible Tanezrouft, le pays de la soif, le désert des déserts. 

De Marseille à Abidjan.
Les trajets en vert sont ferroviaires, ceux en rouge sont routiers.


Le 8 décembre, ils sont à Kerzaz, le 9 à Adrar. Avec, vraisemblablement une étape à Reggane, ce soir-là. La Compagnie Générale Transsaharienne y avait un bordj-hôtel. 

Le bordj Estienne dans les années 30. Camion-car de la
Compagnie Générale Transsaharienne

Le même, un peu plus tard. Les deux photos ci-dessus
viennent du site Forts et Bordjs du Sahara Algérien

Le 10 décembre, ils passent à la "borne 250", au poste Weygand....

Poste Weygand  - Renault AKGD de la
Compagnie Générale Transsaharienne

Le poste Weygand,, 10 ans plus tard. Source

...et passent la nuit à Bidon V.

Le 13 décembre, le passeport d'Adrienne est visé à Gao (Soudan Français à l'époque, futur Mali).



Gao-Niamey, Niamey-Cotonou, séjour à l'Hôtel de la Plage de Cotonou. Embarquement sur le Brazza de la Compagnie des Chargeurs Réunis. 

A cette époque, le port d'Abidjan n'existait pas encore, le canal de Vridi n'étant pas terminé. Depuis 1931, un wharf avait été aménagé à Port-Bouet. Une grue vous débarquait du bateau par le "panier". On était ensuite déposé sur le wharf. 

Après le contrôle douanier......

Transcription : Colonie de Cöte d'Ivoire - Émigration-Immigration
Vu à l'arrivée à Port-Bouet
le 14-1-1950 venant de Lomé, bord S/S Brazza
...on prenait un train à même le wharf qui vous emmenait jusqu'à Abidjan.



Ci-dessous, une synthèse en vidéo/diaporama de ce voyage. Pour chaque lieu, la première photo est privée. Les autres ont été trouvées sur le web.




video


...et n'oubliez pas de vous rendre sur cette page - CLIC - pour une enquête plus approfondie et documentée sur ce voyage.

Si vous voulez savoir ce qui s'est passé ensuite, comment ont débuté leurs 15 années de séjour en Côte d'Ivoire, c'est ici qu'il faut cliquer pour connaître la suite des aventures de Raymond et Adrienne.

dimanche 17 mars 2013

En attendant papa

Les jours....les semaines...les mois passent.
L'avis de recherche ne trouve pas d'écho. Raymond continue à jouer les Arlésiennes.

Pendant ce temps, sa petite fille grandit...


Martine le 13 juin 1949 - 2 mois - avec sa grand-mère
Juillet 1949 -  sur la terrasse de la maison de Talence



21 juillet 1949
Le même jour

Enfin, le père prodigue fait son apparition. Il débarque à Talence un beau jour d'octobre 1949, six mois après la naissance de sa fille.

Le 9 octobre 1949, avec papa, sur la terrasse de la maison Ibos
surplombant la voie de chemin de fer.

Le même jour, avec maman


Toute la petite famille. Sur ces 3 photos, on aperçoit, au fond,
le pont de Caudérès.

Tout cela est bel et bon mais rien n'est vraiment réglé.

Si Adrienne est divorcée depuis 4 ans, Raymond, de son côté, est toujours marié à Marie Louise Augustine Hérard, qui n'entend pas le laisser filer. L'abandon du domicile conjugal est bel et bien considéré comme une infraction, au moins à cette époque. Le divorce sera prononcé plus de 3 ans plus tard. Entre temps, nos deux protagonistes auront eu un autre enfant, l'auteur de ces lignes.

Mais c'est une autre histoire - CLIC, qui se déroule dans un autre lieu, à plus de 4400 kilomètres de cette terrasse et après de nouvelles péripéties.



Fille-mère ? Pas question !

Quand on se découvre enceinte et que le futur papa a disparu de la circulation, la première chose qui vous arrive est de vous prendre une gifle magistrale, la dernière sans doute (encore heureux.... à 37 ans !), de la part de votre mère.

Ma grand-mère avait "du caractère".

Ma mère aussi....

Henriette Chazal veuve Ibos et sa fille Adrienne.
.
...elle est prête à tout pour retrouver l'inconséquent responsable.

Photos d'identité, passeport...sa décision est prise, elle ira le chercher là où elle croit savoir le trouver. Aussi loin que ce puisse être.

Il anime des soirées dans un cabaret de Dakar ? Qu'à cela ne tienne ! Il y est allé avec son épouse légitime Marie Louise ? Peu importe, elle le ramènera par la peau du cou, s'il le faut.

Son passeport est prêt le 14 décembre 1948. Elle est alors enceinte de 5 mois. Le jeudi 30 décembre au soir, elle emprunte le Trait d'Argent, une ligne qui reliait Paris à Dakar en passant par Casablanca, et embarque, à Orly, à bord de cet appareil ==>

le F-BAZB , Lockheed 049 Constellation, entré en service le 1/7/1948 sur la ligne Paris-Dakar


Visa de sortie apposé à Orly sur son passeport et sa transcription à droite


Escale à Casablanca.....Dakar.

Que s'est-il passé à Dakar ? On ne sait pas très bien. La légende familiale raconte qu'Adrienne aurait repéré la maison du couple, se serait furtivement glissée par le jardin et là, une explication orageuse aurait eu lieu. A moins que cet épisode n'ait eu lieu, plus tard, à une autre occasion.
L'issue de cette entrevue à trois est incertaine. Nous partirons de l'hypothèse qu'elle s'est soldée par un échec. Raymond n'avait-il pas terminé son contrat ? Auquel cas, il n'aurait pu l'interrompre sans payer un dédit conséquent. A-t-il promis d'être là pour la naissance ? Mais pouvait-il faire une telle promesse devant sa femme sans craindre un autre cataclysme ? Tel que je connais mon père, il devait être assez mal à l'aise entre ces deux femmes, ne sachant trop quel parti prendre.

Toujours est-il que, avec ou sans Raymond, Adrienne repart le le dimanche 20 mars 1949 comme l'attestent les visas figurant sur son passeport. Quoi qu'il arrive, à quelques semaines de l'accouchement, il faut qu'elle rentre en France.

Tampon à Dakar. L'officier des douanes a biffé le mot  Casablanca, escale entre Dakar et Paris
L'avait-il inscrit par erreur ?

Visa de retour à Paris-Orly.

25 jours plus tard, Adrienne accouche, à Talence, d'une petite fille prénommée Martine...ma sœur aînée.

Martine dans les bras de sa mère, le 21 mai 1949 (37 jours).


...et Raymond n'est pas au rendez-vous....à nouveau porté disparu. Alors la jeune maman met en œuvre le plan B : un avis de recherche dans les commissariats, destiné à informer le papa de l'heureux évènement.

Il mettra six mois supplémentaires pour faire surface.




jeudi 14 mars 2013

La rencontre

Nous sommes en 1948.

Raymond "court le cachet" comme le dit Aznavour, parcourant la France dans tous les sens, de contrats en contrats. Il est toujours marié à Marie Louise Augustine.



Adrienne travaille à Paris, dans les cafés et les brasseries, tenant sa place au piano ou à l'accordéon mais, plus souvent, à la batterie (une photo dédicacée d'une de ses chefs d'orchestre de l'époque la désigne comme sa "meilleure drums"). Divorcée depuis 3 ans, cette bordelaise exilée loge alors au 23, rue Elysées-des-Beaux-Arts à Montmartre..



Quand et où a lieu la première rencontre ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c'est qu'une enfant est conçue vers le mois de juillet 1948....alors même que Raymond est encore lié maritalement à une autre femme.

S'agissait-il, pour lui, d'une aventure sans lendemain ? En tout cas, quand Adrienne s'aperçoit qu'elle est enceinte, ils ne sont manifestement plus en contact..
En effet, non seulement lui n'est pas au courant mais il continuera à l'ignorer un long moment après la naissance de sa fille.
Adrienne, elle, ne l'entend pas du tout de cette oreille et n'a pas l'intention de laisser le futur père fuir ses responsabilités et retourner tranquillement auprès de sa légitime. Mais pour l'en empêcher, il faut d'abord ....remettre la main sur lui.

Adrienne et sa fille Martine en avril 1949, probablement quelques jours après sa naissance.
La photo est prise à Talence, dans la propriété de ses parents, à proximité du chai.

La vie n'est pas un long fleuve tranquille. Avant même la photo ci-dessus, il y eut déjà bien des péripéties.






mercredi 13 mars 2013

De 1934 à 1948


Le 16 avril 1934, Raymond s'engage dans l'armée pour un contrat de trois ans. La profession mentionnée sur son livret militaire est celle de typographe. Rien de vraiment surprenant : c'était le métier de son père et de plusieurs de ses oncles et grand-oncles. Il n'y restera que 24 mois, réformé définitivement n°2 par décision ministérielle du 23 mars 1936.

Raymond au 8° Régiment de Génie.


"Décision notifiée à l'intéressé le 31/3/36". dit son livret militaire.
Il se retire à son adresse du 34 avenue des Moulineaux -- renommée depuis avenue Pierre Grenier -- à Boulogne Billancourt. A noter que c'est à cette même adresse que sa grand-mère maternelle, Henriette Célina Bosquet épouse Villemain est décédée en septembre 1933. Peut-être a-t-il hérité de l'appartement.
On peut aussi imaginer qu'il y vivait déjà du vivant de sa grand-mère.

Le 2 juin 1936, il épouse Marie Louise Augustine Hérard à laquelle il envoie des photos ornées de tendres dédicaces.

Photo prise dans le jardin de sa mère à Meudon.
Au verso figurent les mots suivants "A ma petite femme
avec mon plus tendre amour - Raymond, le 25/7/36.











Dédicace au recto "à ma petite femme chérie"
Photo difficile à dater - peut-être début 1937
Il loge encore à Boulogne


En 1937, il habite à Paris dans un studio situé rue Saint-Charles.

Studio au 122 rue Saint-Charles - 1937

C'est vers ces années que débute sa carrière d'artiste que nous évoquons dans un autre article. Ses premiers contrats connus sont sur la Côte d'Azur, Nice et ses environs. Le soir, Raymond, alias Rex HARVEY chante, danse, anime des revues au cabaret. Pendant ses loisirs, il lui arrive de faire du tourisme..

Au verso : "Grande Corniche, printemps 38"



"Antibes - été 38"


"Saint-Martin de Peille - septembre 1938"

Bruxelles - vers 1943

Date : 13 février 1948 - Lieu inconnu


C'est en 1948 que Raymond Magniez fait la connaissance d'Adrienne Ibos, sa seconde épouse et la mère de ses enfants.

jeudi 7 mars 2013

Rex Harvey et Raymond Magnier

[NB : Pour plus de détails, cliquer sur le lien Rex Harvey et, une fois sur cette page, vous pourrez naviguer où les liens vous mèneront et découvrir photos, articles de journaux, programmes, affiches, .....]

A l'âge de 23 ans, peu après son premier mariage, Raymond se lance dans le spectacle. Après une formation de danseur et, notamment, de claquettes, il fait ses premières armes sur la Côte d'Azur.

 Il prendra le pseudonyme de Rex Harvey [CLIC]   . Les noms d'artistes à consonance anglo-saxonne était à la mode à cette époque. Nous savons que cette tendance s'est prolongée jusque dans les années 50 et 60. C'est ainsi qu'on verra un certain Jean-Philippe Smet et un certain Hervé Forneri se rebaptiser respectivement Johnny Halliday et Dick Rivers.

 Il y en eut d'autres.

 C'est à Nice qu'il atterrit vers la fin du mois de décembre 1937. Un nouveau cabaret, le Mexicana vient d'ouvrir ses portes et engage Rex Harvey comme directeur artistique, "compère" et danseur. Je ne sais pas ce qu'était un "compère" mais on peut considérer que Rex était le meneur de la revue. Les programmes et affiches proclament Rex Harvey présente la revue "MEXIQUE A....NU", mise en scène par Gaston DONA.


La troupe de la revue Mexique à nu


J'ai pu reconstituer, de manière relativement détaillée, sa carrière en tant que Rex Harvey grâce à son press-book de l'époque qu'il avait conservé. Tout se trouve sur la page "Rex Harvey" [cf. lien supra]

Au Maxim's of Nice

Au cours de l'année 1938, il enchaîne revues, galas, tournées et tournages cinématographiques. On le verra notamment dans les films de Christian Jacque "Ernest le Rebelle" et "Raphael le Tatoué", aux côtés de Fernandel.

Rex Harvey, fantaisiste et danseur


De retour à Paris à l'hiver 38/39, il est programmé dans différents cabarets, music-hallls ou cinémas, soit pour participer à des revues, soit pour y donner le tour de chant qu'il commence à se constituer.

On le retrouve au Concert Mayol dans la revue Beautés Nues ! puis, à partir d'octobre 1939 dans une autre revue que ses auteurs ont choisi d'intitulé Paris....40 ! 

C'est pendant ce spectacle qu'il choisit un nouveau pseudo plus proche de sa véritable identité. Il se produira désormais sous le nom de Raymond Magnier - CLIC. [Ce lien ouvre une page détaillée sur sa carrière sous ce nouveau nom d'artiste]Dans son livre "Du Caf' Conc' au Concert Mayol", Lucien Rimmels évoque ce changement.

A partir des années 41 et suivantes, il laissera de côté les revues pour se consacrer davantage au tour de chant. On le voit dans différentes salles parisiennes, l'Alhambra, le Petit Casino, la Salle Lancry, Le Monico, le Doge, le Mimi Pinson, ...
.
Mais entre temps, il a découvert la Belgique et la Belgique l'a adopté. C'est vers 1943, que les Belges commenceront à le surnommer l'enfant chéri de Bruxelles.

Raymond Magnier, l'enfant chéri de Bruxelles vers 1945

"Il l'est....un tantinet", l'un de ses succès de l'époque


Désormais, il effectuera des allers et retours fréquents entre Paris et Bruxelles. Mais il se produit également dans le reste de la France : Lille, notamment au fameux Rio, le cabaret de l'Hötel Bellevue tenu par Freddy Beaufort et où débuta Line Renaud en 1946. J'ai retrouvé quelques autres contrats pour Toulouse, Brest et même Casablanca au Maroc.

Certaines des chansons à son répertoire sont éditées en "petits formats".



Il est à Brest en août 1948, où il partage la vedette avec Betty Spell. Il ne le sait pas encore mais il va bientôt être chargé de famille. Peut-être même que sa fille aînée, Martine, est déjà conçue et il a certainement déjà fait la connaissance d'Adrienne, une jeune polyinstrumentiste bordelaise domiciliée alors à Montmartre, et qui sera sa deuxième épouse.

Le Maroc, il va y retourner...et aussi le Sénégal....enfin, le continent africain en général. Pour y exercer son métier de fantaisiste, y donner ses tours de chants mais aussi pour des affaires plus sérieuses qui prendront un tour romanesque. Mais, pour le moment, laissons le fantaisiste à ses fantaisies.